L'inflation est la hausse générale et durable des prix. Discrète quand elle tourne autour de 2 % par an, elle a brutalement rappelé son existence en 2022 et 2023. Ce guide explique comment elle est mesurée, d'où elle vient, ce qu'elle fait à votre épargne, à vos crédits et à votre salaire, et comment s'en protéger.
Qu'est-ce que l'inflation ?
L'inflation désigne une augmentation générale et durable du niveau des prix des biens et des services. Son corollaire est la baisse du pouvoir d'achat de la monnaie : avec le même billet, on achète moins de choses qu'avant. On l'exprime en pourcentage par an : une inflation de 3 % signifie qu'un panier de courses qui coûtait 100 € il y a un an en coûte 103 € aujourd'hui.
Trois nuances importantes. L'inflation est une moyenne : certains prix montent beaucoup (énergie, alimentation en 2022), d'autres baissent (électronique). Elle est cumulative : 3 % pendant dix ans ne font pas 30 % mais 34 %, parce que chaque hausse s'applique à des prix déjà relevés, exactement comme des intérêts composés. Et elle est normale à faible dose : les banques centrales visent une inflation légèrement positive, autour de 2 %, et non zéro.
Comment l'inflation est-elle mesurée ?
En France, l'Insee relève chaque mois environ 200 000 prix dans 30 000 points de vente, auxquels s'ajoutent des millions de prix collectés sur internet et par les données de caisse des grandes enseignes. Ces prix sont agrégés dans un indice des prix à la consommation (IPC) selon un panier pondéré par la structure réelle des dépenses des ménages : logement et énergie, alimentation, transports, santé, loisirs, etc. Le panier et les pondérations sont actualisés chaque année.
L'IPCH (indice harmonisé) est la version comparable entre pays européens ; c'est lui que suit la Banque centrale européenne et que publie la Banque de France dans la série utilisée sur cette page. Deux lectures existent : le glissement annuel (prix du mois comparés au même mois de l'année précédente, c'est la mesure des gros titres) et la moyenne annuelle (moyenne des douze glissements, celle du graphique ci-dessus et du simulateur).
On distingue aussi l'inflation sous-jacente, qui exclut les prix les plus volatils (énergie, produits frais) et les tarifs administrés : elle donne la tendance de fond, moins sensible aux chocs ponctuels.
Comment calculer l'inflation entre deux années
Avec un taux constant r sur n années :
Montantarrivée = Montantdépart × (1 + r)n
Exemple : 1 000 € en 2000, 3 % par an pendant 26 ans → 1 000 × 1,0326 ≈ 2 157 €.
Avec les taux réels, on remplace (1 + r)n par le produit des (1 + rannée) de chaque année. Entre 2000 et fin 2025, ce produit vaut environ 1,62 d'après l'IPCH : 1 000 € de 2000 correspondent à environ 1 621 € aujourd'hui, soit une inflation moyenne de 1,9 % par an, nettement inférieure à l'hypothèse de 3 %.
Pour faire le chemin inverse (que valait en 2000 un montant d'aujourd'hui ?), on divise au lieu de multiplier. Le simulateur gère les deux sens : il suffit de saisir une année d'arrivée antérieure à l'année de départ.
La perte de pouvoir d'achat n'est pas égale à l'inflation cumulée : si les prix ont augmenté de 60 %, un billet n'a pas perdu 60 % de sa valeur mais 1 − 1/1,60 = 37,5 %. C'est ce que le simulateur affiche dans la tuile dédiée.
D'où vient l'inflation ?
Les économistes distinguent plusieurs mécanismes, souvent combinés :
- L'inflation par la demande : quand les ménages et les entreprises veulent acheter plus que ce que l'économie peut produire, les vendeurs montent leurs prix. C'est le cas en sortie de crise, quand l'épargne accumulée se déverse d'un coup (2021).
- L'inflation par les coûts : une hausse des matières premières, de l'énergie ou des salaires se répercute sur les prix de vente. Le choc énergétique de 2022 en est l'exemple récent ; les chocs pétroliers de 1973 et 1979 avaient porté l'inflation française au-delà de 10 %.
- L'inflation importée : une monnaie qui se déprécie renchérit tout ce qui est acheté à l'étranger.
- Les anticipations : si chacun s'attend à des hausses de prix, les entreprises augmentent leurs tarifs et les salariés demandent des augmentations, ce qui valide la hausse. C'est la « boucle prix-salaires » que les banques centrales cherchent à éviter en ancrant les anticipations autour de 2 %.
- La création monétaire : une quantité de monnaie qui croît plus vite que la production finit, à terme, par se traduire dans les prix.
Pour la contenir, la BCE relève ses taux directeurs : le crédit devient plus cher, la demande ralentit, les prix se calment. C'est ce qui s'est produit entre 2022 et 2024, avec le retour de l'inflation française sous les 2 % fin 2024, puis autour de 1 % en 2025.
Les effets de l'inflation sur votre argent
Sur l'épargne
L'inflation est l'ennemie de l'argent qui dort. Ce qui compte n'est pas le taux affiché d'un placement mais son rendement réel, c'est-à-dire le taux nominal moins l'inflation. Un livret à 2 % avec une inflation de 3 % perd environ 1 % de pouvoir d'achat par an ; sur dix ans, le solde a augmenté de 22 % mais il achète environ 9 % de moins. Un compte courant non rémunéré perd l'intégralité de l'inflation, chaque année.
Le simulateur affiche, pour chaque scénario, le rendement annuel minimal à atteindre pour simplement conserver son pouvoir d'achat. Notre simulateur d'intérêts composés permet ensuite de tester un placement : retranchez l'inflation attendue du taux saisi pour raisonner en euros constants.
Sur les crédits
À l'inverse, l'inflation allège les dettes à taux fixe. Une mensualité de 800 € contractée en 2021 pèse moins dans un budget dont les revenus ont été revalorisés de 14 % en trois ans, alors que la mensualité, elle, n'a pas bougé. Les emprunteurs à taux fixe ont ainsi été les gagnants relatifs de l'épisode 2022-2023 ; ceux à taux variable ont vu leurs mensualités suivre la hausse des taux. Attention toutefois : une inflation forte s'accompagne de taux de crédit plus élevés pour les nouveaux emprunteurs.
Sur les salaires et les retraites
En France, le SMIC est revalorisé automatiquement dès que l'inflation (mesurée pour les 20 % de ménages aux revenus les plus faibles) dépasse 2 % depuis la dernière revalorisation, ce qui a conduit à plusieurs hausses en cours d'année en 2022 et 2023. Les pensions de retraite de base sont indexées sur l'inflation chaque année, et le taux du Livret A est calculé pour partie à partir de l'inflation hors tabac. Les autres salaires, eux, ne sont pas indexés : sans augmentation au moins égale à l'inflation, le pouvoir d'achat recule. C'est le bon argument à apporter en entretien annuel.
Comment protéger son argent de l'inflation ?
- Ne pas laisser dormir plus que nécessaire sur un compte courant. L'épargne de précaution (trois à six mois de dépenses) a sa place sur un livret ; au-delà, chaque euro inactif perd de la valeur.
- Le Livret d'épargne populaire (LEP), réservé aux revenus modestes, est le seul produit dont le taux est explicitement calé sur l'inflation : il la couvre au minimum. Le Livret A et le LDDS la suivent en partie, avec un décalage.
- Comparer les comptes et livrets rémunérés : les banques en ligne et néobanques proposent des taux promotionnels ou des comptes rémunérés qui amortissent l'érosion de l'épargne disponible.
- Les actifs réels sur le long terme : les actions (via un PEA ou une assurance-vie en unités de compte) et l'immobilier ont historiquement progressé plus vite que les prix, au prix d'une volatilité qu'il faut pouvoir supporter. Les obligations indexées sur l'inflation existent mais restent peu accessibles aux particuliers.
- Emprunter à taux fixe pour les projets de long terme : la dette se rembourse en euros dévalués.
- Négocier ses revenus : demander une revalorisation au moins égale à l'inflation de l'année écoulée, chiffres de l'Insee à l'appui.
Déflation, désinflation, stagflation : le lexique
- Désinflation
- Ralentissement de l'inflation : les prix continuent de monter, mais moins vite. C'est ce qu'a connu la France de 2023 à 2025, de 5,7 % à moins de 1 %.
- Déflation
- Baisse générale et durable des prix. Elle paraît agréable mais paralyse l'économie : chacun reporte ses achats en attendant des prix plus bas, et les dettes s'alourdissent en termes réels. Le Japon des années 1990-2010 en est l'exemple classique ; la France l'a frôlée en 2009 et 2015.
- Stagflation
- Combinaison d'une inflation élevée et d'une croissance faible ou nulle, comme dans les années 1970 après les chocs pétroliers. Le pire scénario pour une banque centrale, qui doit choisir entre freiner les prix et soutenir l'activité.
- Hyperinflation
- Inflation hors de contrôle, de plusieurs dizaines de pourcents par mois (Allemagne 1923, Zimbabwe 2008, Venezuela 2018). La monnaie perd toute fonction de réserve de valeur.
- Inflation sous-jacente
- Inflation hors énergie, produits frais et prix administrés : la tendance de fond, celle que surveillent les banques centrales pour décider de leurs taux.
- Euros courants / euros constants
- Un montant en euros courants est exprimé avec les prix de son époque ; en euros constants, il est corrigé de l'inflation pour être comparable à une autre date. Le simulateur convertit l'un en l'autre.
Et maintenant, faites travailler votre épargne
Vous connaissez le rendement minimal à viser. Testez vos hypothèses de placement dans le simulateur d'intérêts composés, puis comparez les comptes rémunérés.
Questions fréquentes
On multiplie le montant de départ par (1 + taux)nombre d'années quand on suppose un taux constant, ou par le produit des (1 + taux de chaque année) avec les taux réels. Le simulateur fait les deux : saisissez un taux, ou cochez « inflation réellement constatée » pour utiliser les moyennes annuelles de la Banque de France (1997-2025).
C'est une hypothèse prudente et facile à retenir, un peu au-dessus de l'objectif de 2 % de la Banque centrale européenne et de la moyenne française observée depuis 1997 (1,8 % par an). Vous pouvez la remplacer par n'importe quel taux, ou par l'inflation réelle.
D'après l'IPCH français, les prix ont augmenté d'environ 62 % entre 2000 et fin 2025 : il faut environ 162 € aujourd'hui pour acheter ce que 100 € permettaient d'acheter en 2000. Autrement dit, 100 € de 2000 ne « valent » plus qu'environ 62 €.
L'IPC (indice des prix à la consommation) est l'indice national de l'Insee, utilisé notamment pour revaloriser le SMIC ou les pensions alimentaires. L'IPCH (indice harmonisé) suit une méthode commune à tous les pays de la zone euro, ce qui permet les comparaisons ; c'est celui que suit la BCE et celui utilisé dans le graphique de cette page. Les deux évoluent de façon très proche.
Non. L'indice reflète un panier moyen. Un ménage qui consacre une part importante de son budget à l'énergie, à l'alimentation ou au loyer subit une inflation différente de la moyenne, parfois nettement supérieure lors des chocs énergétiques comme en 2022-2023. L'Insee propose un simulateur d'inflation personnalisée pour estimer son propre taux.
Seulement si l'inflation est inférieure à 2 %. Le rendement réel d'un placement est approximativement son taux moins l'inflation : à 2 % avec 3 % d'inflation, l'épargne perd environ 1 % de pouvoir d'achat par an, même si le solde augmente. Le simulateur indique, pour chaque scénario, le rendement annuel minimal à atteindre pour conserver son pouvoir d'achat.
De la série « Taux d'inflation, France » (IPCH, glissement annuel mensuel, code ICP.M.FR.N.000000.4.ANR) publiée par la Banque de France sur son portail Webstat, à partir des données de l'Insee et d'Eurostat. La dernière valeur intégrée est celle de décembre 2025. Les moyennes annuelles du graphique sont la moyenne des douze glissements mensuels de chaque année.