L'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) se calcule en trois étapes : un salaire de référence, une formule qui en déduit l'allocation journalière, une durée de droits. Ce guide reprend chaque étape avec les montants en vigueur, explique la dégressivité, les différés et le passage du brut au net, puis répond aux questions les plus fréquentes. Les règles décrites sont celles du règlement d'assurance chômage issu de la convention du 15 novembre 2024, applicables aux fins de contrat depuis le 1er avril 2025, avec le barème du 1er juillet 2025.
Qui a droit à l'allocation chômage ?
Pour ouvrir des droits, il faut remplir simultanément plusieurs conditions :
- Avoir travaillé au moins 6 mois (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois, ou des 36 derniers mois à partir de 55 ans. Depuis le 1er avril 2026, les personnes qui n'ont jamais été indemnisées (« primo-entrants ») peuvent ouvrir des droits avec 5 mois (108 jours ou 758 heures).
- Être involontairement privé d'emploi : licenciement (quel qu'en soit le motif), rupture conventionnelle, fin de CDD ou de mission, démission légitime. Une démission ordinaire n'ouvre pas de droits (voir les cas particuliers).
- Être inscrit comme demandeur d'emploi auprès de France Travail, résider en France, être physiquement apte à exercer un emploi et ne pas avoir atteint l'âge de la retraite à taux plein.
- Rechercher activement un emploi : actualisation mensuelle, respect du contrat d'engagement et des rendez-vous.
Étape 1 : le salaire journalier de référence (SJR)
Le SJR est la base de tout le calcul. France Travail additionne l'ensemble des salaires bruts soumis à cotisations perçus pendant la période de référence (24 mois avant 55 ans, 36 mois à partir de 55 ans), primes comprises, hors indemnités de rupture et de congés payés. Les périodes de maladie, de maternité ou d'activité partielle sont reconstituées sur la base du salaire habituel.
SJR = salaires bruts de la période ÷ nombre de jours calendaires
du premier jour du premier contrat au dernier jour du dernier contrat, les jours sans emploi étant retenus dans la limite de 70 % des jours travaillés.
Pour un salarié employé sans interruption, le SJR est simplement le salaire mensuel brut × 12 ÷ 365 : 2 500 € brut donnent un SJR de 82,19 €. Les périodes sans contrat entre deux emplois abaissent le SJR puisqu'elles allongent le dénominateur ; le plafonnement à 70 % limite cet effet pour les parcours très hachés (il était de 75 % avant le 1er avril 2025).
Étape 2 : le montant de l'allocation journalière
Deux formules sont calculées, et c'est la plus favorable qui est retenue :
Allocation journalière = max ( 40,4 % × SJR + 13,18 € ; 57 % × SJR )
- Plafond
- : 75 % du SJR
- Plancher
- : 32,13 € par jour (allocation minimale)
- Partie fixe
- : 13,18 € par jour, revalorisée chaque 1er juillet
- Salaire pris en compte
- : plafonné à 4 fois le plafond de la Sécurité sociale
La formule « 40,4 % + partie fixe » l'emporte jusqu'à environ 2 415 € brut par mois ; au-delà, c'est « 57 % du SJR ». Le plafond de 75 % ne joue que pour les plus bas salaires (en dessous d'environ 1 160 € brut par mois), et l'allocation minimale concerne les temps très partiels. Quelques repères, pour un salarié employé en continu :
| Salaire brut mensuel | SJR | Allocation / jour | Brut / mois (30 j) | Net estimé / mois |
|---|---|---|---|---|
| 1 500 € | 49,32 € | 33,10 € | 993 € | 949 € |
| 2 000 € | 65,75 € | 39,74 € | 1 192 € | 1 133 € |
| 2 500 € | 82,19 € | 46,85 € | 1 405 € | 1 332 € |
| 3 000 € | 98,63 € | 56,22 € | 1 687 € | 1 598 € |
| 4 000 € | 131,51 € | 74,96 € | 2 249 € | 1 982 € |
| 5 000 € | 164,38 € | 93,70 € | 2 811 € | 2 478 € |
| 6 000 € | 197,26 € | 112,44 € | 3 373 € | 2 974 € |
L'allocation est versée pour chaque jour calendaire du mois : 30 ou 31 jours (28 ou 29 en février), ce qui explique les petites variations d'un mois à l'autre. Le net estimé tient compte de la retenue pour la retraite complémentaire et de la CSG-CRDS au taux plein ; les deux dernières lignes sont soumises à la dégressivité à partir du 7e mois.
Étape 3 : la durée d'indemnisation
La durée des droits est, à la base, égale au nombre de jours calendaires de la période d'emploi (jours sans contrat retenus dans la limite de 70 % des jours travaillés). Depuis le 1er février 2023, un coefficient de 0,75 lui est appliqué tant que le marché du travail est jugé favorable (« contracyclicité ») : 24 mois travaillés donnent 18 mois de droits.
| Âge à la fin du contrat | Période de référence | Durée maximale | Durée minimale |
|---|---|---|---|
| Moins de 55 ans | 24 mois | 548 jours (18 mois) | 182 jours (6 mois) |
| 55 et 56 ans | 36 mois | 685 jours (22,5 mois) | 182 jours (6 mois) |
| 57 ans et plus | 36 mois | 822 jours (27 mois) | 182 jours (6 mois) |
Ces seuils d'âge sont ceux applicables depuis le 1er avril 2025 (ils étaient de 53 et 55 ans auparavant). Si le taux de chômage dépasse 9 % ou augmente de 0,8 point en un trimestre, le coefficient est levé et les durées maximales reviennent à 24, 30 et 36 mois ; un complément de fin de droits est alors versé aux allocataires en fin de droits. Les allocataires de 55 ans et plus qui suivent une formation peuvent bénéficier d'un allongement jusqu'à 137 jours, et ceux qui ont atteint l'âge légal de départ à la retraite sont maintenus jusqu'au taux plein.
La dégressivité pour les hauts salaires
Lorsque l'allocation journalière dépasse 92,57 € (soit un salaire brut d'environ 4 940 € par mois) et que le demandeur d'emploi avait moins de 55 ans à la fin de son contrat, l'allocation est réduite de 30 % à partir du 183e jour d'indemnisation, c'est-à-dire du 7e mois. L'allocation réduite ne peut pas descendre sous 92,57 € par jour. Pour un salaire de 6 000 € brut, l'allocation passe ainsi de 112,44 € à 92,57 € par jour, soit de 3 373 € à 2 777 € brut par mois.
Le décompte des 182 jours est suspendu pendant les périodes de formation et pendant les jours non indemnisés (reprise d'activité). Avant le 1er avril 2025, la dégressivité s'appliquait jusqu'à 57 ans.
Différés et délai d'attente : quand tombe le premier paiement ?
L'indemnisation ne commence pas le lendemain de la fin du contrat. Trois délais se succèdent :
- Le différé spécifique, lié aux indemnités de rupture qui dépassent le minimum légal (indemnité conventionnelle supérieure à l'indemnité légale, indemnité supra-légale de rupture conventionnelle, transaction). Il est égal à ce montant divisé par 111,8 (valeur 2026, réévaluée chaque 1er janvier), dans la limite de 150 jours, ramenée à 75 jours en cas de licenciement économique. 11 180 € d'indemnité supra-légale repoussent ainsi l'indemnisation de 100 jours.
- Le différé congés payés : indemnité compensatrice de congés payés ÷ SJR, dans la limite de 30 jours. Un salarié qui part avec 15 jours de congés non pris attend environ 15 jours de plus.
- Le délai d'attente de 7 jours, appliqué une seule fois par période de 12 mois.
Les différés courent à partir de la fin du contrat, pas de l'inscription : s'inscrire tardivement ne les « consomme » pas pour autant, mais retarde le délai d'attente. Le paiement intervient ensuite à terme échu, au début du mois suivant, après l'actualisation mensuelle.
Du brut au net : les prélèvements sur l'allocation
- Retraite complémentaire : une retenue de 3 % du SJR finance vos points Agirc-Arrco pendant le chômage. Elle ne peut pas faire descendre l'allocation sous le minimum de 32,13 €.
- CSG (6,2 %) et CRDS (0,5 %), calculées sur 98,25 % de l'allocation brute. Elles ne s'appliquent pas si l'allocation journalière est inférieure au SMIC brut journalier (61,55 €) ou si elles la feraient passer sous ce seuil, et le taux de CSG peut être réduit à 3,8 % ou nul selon le revenu fiscal de référence du foyer.
- Impôt sur le revenu : l'ARE est imposable et soumise au prélèvement à la source, au taux transmis par l'administration fiscale.
Au total, le net représente le plus souvent 90 à 95 % du brut, contre environ 78 % pour un salaire : c'est pourquoi l'allocation nette se compare mieux au salaire net qu'au brut.
Comment utiliser le simulateur
- Le salaire brut mensuel moyen sur la période de référence, primes incluses. Si votre salaire a changé, faites la moyenne pondérée par la durée.
- Les mois travaillés : la durée totale de vos contrats dans les 24 (ou 36) derniers mois. Le simulateur en déduit les jours travaillés.
- L'âge à la date de fin du contrat, qui fixe la période de référence, la durée maximale et l'application de la dégressivité.
- Dans les options avancées, les jours sans contrat entre deux emplois (pour le SJR), l'indemnité compensatrice de congés payés et les indemnités de rupture au-delà du légal (pour les différés), et le motif économique.
Le simulateur affiche l'allocation journalière, le brut et le net estimés pour un mois de 30 jours, la durée des droits, le nombre de jours avant le premier versement, la dégressivité éventuelle et le total brut sur toute la durée. Le graphique montre le montant mois par mois.
Démission, rupture conventionnelle, reprise d'activité : les cas particuliers
- Rupture conventionnelle : elle ouvre droit à l'ARE comme un licenciement. Attention au différé spécifique si l'indemnité négociée dépasse l'indemnité légale.
- Démission : pas de droits, sauf démission légitime (liste fixée par le règlement : suivi de conjoint, mariage ou PACS avec déménagement, non-paiement des salaires, actes délictueux, création d'entreprise ayant échoué dans les 3 ans après une rupture ouvrant droit, etc.), démission pour reconversion après cinq ans d'activité avec projet validé, ou réexamen de la situation après 121 jours de chômage.
- Reprise d'un emploi : cumul possible, l'allocation mensuelle étant réduite de 70 % du salaire brut repris, dans la limite de l'ancien salaire. Les jours non payés reportent la fin des droits.
- Rechargement des droits : à la fin des droits, les périodes travaillées entre-temps (au moins 6 mois) ouvrent de nouveaux droits ; en cours de droits, un « droit d'option » permet de choisir le nouveau calcul s'il est plus favorable d'au moins 30 %.
- Création d'entreprise : maintien de l'ARE avec les revenus de l'activité (sous conditions) ou versement de 60 % du reliquat en capital via l'ARCE.
- Formation : l'allocation devient ARE-formation (minimum 22,99 € par jour), la dégressivité est suspendue et la durée peut être prolongée.
Que se passe-t-il à la fin des droits ?
À l'épuisement de l'ARE, l'allocation de solidarité spécifique (ASS), financée par l'État, prend le relais sous conditions de ressources et d'activité passée (5 ans d'activité dans les 10 ans précédant la fin du contrat). À défaut, le RSA et la prime d'activité en cas de reprise d'emploi constituent le filet de sécurité. Les allocataires proches de la retraite peuvent être maintenus dans leurs droits jusqu'au taux plein.
Anticiper la baisse de revenus fait partie de la préparation : mettez à jour votre budget, vérifiez les assurances perte d'emploi de vos crédits et, si votre épargne doit servir de relais, estimez ce qu'elle couvre avec notre simulateur d'épargne. Un compte bancaire sans frais évite aussi des coûts fixes inutiles pendant cette période.
Besoin du montant exact ?
Le simulateur officiel de France Travail calcule vos droits à partir de vos bulletins de paie, et la notification de droits reste la seule référence.
Questions fréquentes
Pour 2 000 € brut par mois travaillés sans interruption, le SJR est de 65,75 €. L'allocation journalière est le maximum entre 40,4 % × 65,75 + 13,18 = 39,74 € et 57 % × 65,75 = 37,48 €, soit 39,74 € par jour : environ 1 192 € brut pour un mois de 30 jours, et autour de 1 130 € net après la retenue pour la retraite complémentaire et la CSG-CRDS.
Entre 57 % et 75 % du salaire brut, selon son niveau : la formule « 40,4 % + partie fixe » favorise les bas salaires (jusqu'à 75 % du SJR autour du SMIC), tandis qu'au-delà d'environ 2 415 € brut par mois c'est la formule « 57 % du SJR » qui s'applique. Rapportée au salaire net, l'allocation nette représente le plus souvent 65 à 80 % de l'ancien revenu.
La durée est égale au nombre de jours calendaires de votre période d'emploi (jours non travaillés comptés dans la limite de 70 % des jours travaillés) multiplié par 0,75, avec un minimum de 182 jours (6 mois) et un maximum de 548 jours (18 mois) avant 55 ans, 685 jours (22,5 mois) à 55 et 56 ans et 822 jours (27 mois) à partir de 57 ans. Si la situation du marché du travail se dégrade (taux de chômage supérieur à 9 % ou en hausse de 0,8 point sur un trimestre), le coefficient de 0,75 est suspendu et les durées maximales passent à 24, 30 et 36 mois.
Les demandeurs d'emploi de moins de 55 ans dont l'allocation journalière dépasse 92,57 € (environ 4 940 € brut par mois) voient leur allocation réduite de 30 % à partir du 7e mois d'indemnisation, sans pouvoir descendre sous 92,57 € par jour. Le compte à rebours est suspendu pendant une formation.
Trois délais se cumulent après la fin du contrat : le différé spécifique lié aux indemnités de rupture supérieures au minimum légal (montant ÷ 111,8, 150 jours maximum, 75 en cas de licenciement économique), le différé congés payés (indemnité compensatrice ÷ SJR, 30 jours maximum) et le délai d'attente de 7 jours. Sans indemnités particulières, l'indemnisation commence donc 7 jours après l'inscription et le premier virement intervient au début du mois suivant.
En principe non, sauf démission « légitime » (suivre son conjoint, non-paiement des salaires, violences, création d'entreprise après une rupture, etc.) ou projet de reconversion validé par une commission paritaire après au moins cinq ans d'activité continue. À défaut, un réexamen est possible au bout de 121 jours de chômage si vous avez cherché activement un emploi.
Oui. En cas de reprise d'une activité, France Travail retranche 70 % du salaire brut repris de votre allocation mensuelle ; le cumul salaire + allocation ne peut pas dépasser votre ancien salaire de référence. Les jours non indemnisés ne sont pas perdus : ils repoussent d'autant la fin de vos droits.
Il applique les règles générales du règlement d'assurance chômage pour une fin de contrat à durée indéterminée ou déterminée classique. Il ne couvre pas les intermittents du spectacle, les expatriés, les rechargements de droits, l'activité conservée ni les situations avec plusieurs employeurs aux périodes imbriquées. Le montant exact figure sur la notification de droits de France Travail, et le simulateur officiel (monallocation.francetravail.fr) permet une estimation personnalisée à partir de vos bulletins de paie.